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A 87 ans, je me souviens encore…

René Auguin est Ancien Combattant de la guerre d’Algérie, il réside à Louis Pasteur. A l’occasion de la création d’une boite souvenir, il évoque la 2ème Guerre mondiale. Il était alors âgé de 5 ans …

« Je suis né le 27 juin 1935 à Colombes dans la banlieue parisienne. J’avais 5 ans lorsque pour la première fois j’ai vu les soldats allemands. Ce jour-là avec mon père nous nous rendions à la boulangerie lorsque les soldats sont rentrés dans Colombes. J’entends encore mon père me dire dans un souffle « Tu vois ce sont les Allemands ! ». Mon père était cheminot, réquisitionné comme chauffeur de loco, un poste vital pour les Allemands. Il n’était pas entré dans la résistance mais avec ses camarades, il renseignait les alliés sur les mouvements des convois allemands. En 1942, au cœur de la guerre, Paris et ses alentours étaient régulièrement bombardés. J’étais toujours le premier à courir aux abris car j’étais mort de peur. C’était devenu tellement dangereux que mes parents ont pris la décision de m’envoyer avec ma sœur à la campagne, loin des bombardements. Malgré les risques, mes parents et mon frère ainé, sont restés à Colombes.  C’est à la gare Montparnasse que mon père nous a confié à un inconnu qui montait dans le train en partance pour la Bretagne, nous avions alors cinq et sept ans. Nous sommes arrivés dans la région de Paimpol d’où était originaire ma mère. Mon père lui était né à Rennes, au sein d’une famille d’ouvriers paysans. Nous étions hébergés par nos deux oncles installés à Plouézec et à Kerfot. Ma sœur aidait à la ferme de l’un tandis que je découvrais le métier de forgeron chez l’autre. Les fermes étaient éloignées, je voyais ma sœur rarement. Je n’étais pas malheureux mais mes parents et ma sœur me manquaient beaucoup. Dans Plouézec les maquisards circulaient armés en toute liberté. Ils allaient régulièrement chez mon oncle pour se ravitailler. On demandait aux enfants d’apporter des victuailles aux maquisards cachés dans la forêt. Nous nous y rendions totalement insouciants du danger !

L’oncle forgeron s’inquiétait beaucoup pour nous, aussi quand le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie a été annoncé, il a été décidé de nous éloigner des combats en nous confiant pour une nuit aux maquisards. Je me souviens avoir traversé la forêt dans le noir avec une petite couverture sur le dos ! Les maquisards tentaient de nous rassurer mais leurs fusils ne nous tranquillisaient pas. C’est tout près d’un énorme obus que j’ai vécu ma première nuit à la belle étoile. Ces moments ont vraiment marqué l’enfant de 9 ans que j’étais.

A notre retour à Kerfot, le village était méconnaissable ! Dans les champs gisaient les vaches, les chevaux, les moutons abattus par l’armée allemande. Nous avons couru jusqu’à la ferme pour heureusement constater que le pire n’était pas arrivé. Et puis, il y eu la Libération de Paris en Août 44. J’ai pu enfin retrouver ma famille à Colombes. Quatre ans s’étaient écoulés, nous étions tous épuisés moralement par l’inquiétude et les privations. Nous n’avions rien à manger, rien à boire pour fêter dignement la fin de la guerre, mais peu importe nous étions enfin libres ! »